Ecole Polytechnique Nationale de Quito

et

IUT Bordeaux 1, Département HSE

 

Proposition de création d'une Maestria -Gestion du Risque-

Ce rapport fait suite à la mission à Quito effectuée par :

Michel BAUDERON, Professeur, Chargé de Mission à l’Action Internationale

Michel LESBATS, Chef du Département Hygiène , Sécurité, Environnement

du 13 au 20 Novembre 2000, à l’invitation de l’Ecole Polytechnique Nationale (E.P.N), de la Fondation pour la Science et la Technologie (Fundacyt) et de l’Ambassade de France en Equateur.

 

 

Contexte

Environnement socio-économique

L’Equateur occupe une superficie de 284000 km2 pour une population de 12 millions d’habitants dont plus de 30 % est concentrée dans les trois principales villes du pays (Guayaquil, Quito et Cuenca). Dans ces métropoles la pollution atmosphérique (due en particulier aux gaz d’échappements de véhicule antiques ou mal entretenus) n’a d’égale que les problèmes d’approvisionnement en eau potable.

Le développement économique du pays s’est fait essentiellement à travers la production agricole (bananes, cacao, café, fruits tropicaux, horticulture, pêche et pisciculture,…), mais s’appuie aussi sur des ressources pétrolières importantes qui ont permis le développement d’industries chimiques ou pharmaceutiques.

Enfin, on ne peut présenter l’environnement équatorien sans mentionner avec insistance la présence permanente d’un important risque sismique et volcanique, surtout présent dans la région de la sierra équatorienne, mais qui affecte tout le pays.

Ecole Polytechnique Nationale de Quito

La mission a été effectuée à l’initiative du Département Sciences Nucléaires de l’Ecole de Chimie de l’Ecole Polytechnique Nationale de Quito.

Etablissement d’enseignement supérieur autonome, l’Ecole Polytechnique Nationale de Quito est l’une des six Universités de Quito. Elle forme 8000 étudiants dans ses diverses facultés : Génie Chimique, Génie Electrique, Génie Mécanique, Génie Civil, Automatique, …

Elle offre deux types de diplômes (un Doctorado prévu dans les textes n’est pas encore mis en œuvre) :

Licenciatura : formation en cinq années (anciennement appelé Ingeniero)

Maestria : formation en une année ouverte à des titulaires de la Licenciatura.

L’admission en Licenciatura se fait après un cycle de formation préparatoire de six mois ouvert à des élèves titulaires du Bachillerato et terminé par un concours d’accès très sélectif (1 pour dix). L’école propose 2 rentrées par an (Octobre et Mars). Chaque filière accepte environ 35 étudiants et délivre à chaque fin de semestre une vingtaine de diplômes terminaux. Bien que la durée théorique de la Maestria soit de 5 années, il semble que les étudiants obtiennent leur diplôme de Licenciatura après 6 à 7 années d’études en moyenne. Les droits d’inscription à la Licenciatura sont très bas (10$ par semestre).

L’admission en Maestria se fait sur titre, après un examen des aptitudes du candidat. La plupart des Maestria actuelles sont délivrées dans un cadre de formation continue sous forme de cours le matin et le soir, permettant aux candidats de poursuivre une activité professionnelle et de faire face à des droits d’inscription de l’ordre de 500 $ par semestre. Le diplôme est attribué à plus de 90 % des candidats, ce qui compte tenu de la sévérité du recrutement peut paraître insuffisant (les D.E.S.S. français ont des taux de réussite proches de 100 %).

La formation s’étend sur deux semestres de 18 semaines, à raison d’environ 20 heures hebdomadaires, soit un volume horaire usuel de 360 heures par semestre.

 

Création d’une Maestria

Opportunité

La forte concentration urbaine et la dégradation de l’environnement qui lui fait cortège, le développement d’une économie de plus en plus industrielle, tant dans le domaine agricole que dans celui de la production manufacturée, le passage dans une zone fortement sismique d’un oléoduc important et le projet de construction d’un second, sont parmi les facteurs d’une prise de conscience des problèmes multiples et complexes liés à la sécurité, à l’hygiène et à la protection de l’environnement.

Les partenaires socio-économiques, opérateurs économiques ou intervenants institutionnels, sont donc en forte demande d’ingénieur spécialisés dans le domaine de la sécurité, de l’hygiène et de l’environnement, capables de dépasser le simple niveau de la mise en conformité de leurs équipements industriels de concevoir et de mettre en œuvre l’ensemble des mesures et procédures nécessaires, suivant le modèle appliqué depuis longtemps déjà par les spécialistes équatoriens de la sismologie et de la volcanologie.

De tels spécialistes n’existent pas en Equateur, et il devient particulièrement urgent de proposer une telle formation.

Faisabilité

Trois facteurs fondamentaux, conditions sine qua non de la faisabilité de cette formation, nous paraissent réunis :

Une prise de conscience sans équivoque de sa nécessité qui doit permettre d’impliquer dans le projet l’ensemble des partenaires concernés : académiques, industriels et institutionnels,

La présence au sein des établissements universitaires équatoriens et plus particulièrement au sein de l’Ecole Polytechnique Nationale de Quito de spécialistes de diverses disciplines (chimie, biologie, microbiologie, sciences nucléaires) parfaitement au fait de leur discipline et particulièrement sensibilisés aux problèmes de la sécurité, de l’hygiène et de la protection de l’environnement,

Les compétences développées au cours des années par le Département Hygiène, Sécurité et Environnement de l’IUT Bordeaux I, qui dispense depuis déjà longtemps de telles formations à des niveaux divers au sein de l’Université Bordeaux I. Ce Département a de plus participé avec succès à la création de formations ou de structures analogues dans divers pays (Mexique, Maroc, …).

Dans ces conditions, la suite de ce document va présenter les grandes lignes de la future Maestria, notamment les objectifs de la formation, une méthodologie de développement, un calendrier prévisionnel pour la mise en place du Diplôme, ainsi que des éléments d’évaluation du coût de l’ingénierie pédagogique proposée par l’I.U.T. Bordeaux I

Objectifs de la formation

La Maestria dans le domaine ´ Sécurité, Hygiène et Protection de l’Environnement ª est une formation destinée à former des spécialistes en hygiène, sécurité et environnement, capable de :

Maîtriser les grands problèmes de sécurité et d’environnement posés à la société équatorienne par son développement industriel, dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail, de la contamination de l’environnement industriel, de la prévention des risques technologiques,

Contribuer à identifier et analyser les grands problèmes d’hygiène, de sécurité du travail; et de pollution de l’environnement industriel,

Assurer la gestion des risques technologiques dans les entreprises et les services publics,

Collaborer avec les organisations de contrôle de la sécurité pour former des professionnels compétents dans ce domaine,

Participer à un développement durable du pays.

Pour atteindre ces objectifs, la formation aura un contenu pluri-disciplinaire qui permettra à un diplômé, possédant déjà une forte compétence technique, d’identifier et d’analyser les risques, de concevoir les systèmes de prévention, d’en assurer la gestion et de participer à la communication sur ces problèmes.

 

Mise en œuvre

Création d’un Comité de Pilotage

Le développement de la formation, la validation de ses contenus, la recherche de ses financements et son suivi, seront sous la responsabilité d’un Comité de Pilotage. Celui-ci aura également la charge de s’assurer à intervalles réguliers de l’adéquation de la formation à la réalité équatorienne.

Le Comité pourrait être constitué de :

Le Ministre chargé du Travail ou son représentant,

Le Ministre chargé de l’Environnement ou son représentant,

Le Recteur de l’EPN ou son représentant,

L’Ambassadeur de France ou son représentant,

Le Directeur du Fundacyt ou son représentant

Le Président de l’Université Bordeaux I ou son représentant,

Le Directeur de l’IUT Bordeaux I ou son représentant,

Le Président de la Chambre d’Industrie ou son représentant,

Le Directeur de la Sécurité Sociale ou son représentant,

Le Maire de Quito ou son représentant,

Le Président du Collège des Ingénieurs ou son représentant,

Le Directeur de la Maestria assistera aux réunions du Comité de Pilotage à titre de Secrétaire de Séance.

Maîtrise d’œuvre

L’élaboration des contenus, des conditions d’admissions et de délivrance du diplôme seront sous la responsabilité du Département de Sciences Nucléaires de l’Ecole de Génie Chimique, au sein de l’Ecole Polytechnique Nationale.

Il aura en charge la rédaction de l’ensemble des documents de travail qui seront soumis au Comité de Pilotage lors de ses réunions.

Méthodologie

Le travail préalable à l’ouverture de la Maestria peut être découpé en quatre étapes principales :

Etape 1 : analyse détaillée de la situation : étude de l’environnement socio-économique et des principaux facteurs de risques, définition des grandes lignes du programme et en particulier des travaux pratiques, inventaire des personnels, laboratoires et équipements disponibles et des besoins nouveaux à satisfaire.

Etape 2 : Finalisation du projet et présentation au Comité de Pilotage pour validation

Etape 3 : Préparation des formateurs par une sensibilisation aux problématiques du risque, aux méthodes de travail et aux approches pédagogiques

Etape 4 : Validation de l’ensemble des étapes précédentes et vérification de l’ensemble des conditions requises pour le succès de la filière.

Le franchissement de ces diverses étapes nécessitera des contacts étroits entre les partenaires principaux du projet, l’Ecole Polytechnique de Quito et l’Institut Universitaire de Technologie de l’Université Bordeaux I. Si une partie importante pourra être réalisé à l’aide de divers moyens de communications, parmi lesquels on privilégiera le courrier électronique, des contacts plus précis et en particulier une étude fine du terrain seront nécessaires à plusieurs occasions. Ils seront réalisés sous forme de missions qui seront en quelque sorte les points d’articulation du projet.

Au terme de la première étape, l’équipe franco-équatorienne chargé du développement de la filière devra remettre un ensemble de documents techniques qui seront la base des décisions de validation qui seront prises aux étapes 2 et 4.

L’étape 4 nous paraît particulièrement cruciale. Les documents fournis au terme de la première étape énuméreront un ensemble de conditions techniques (humaines, matérielles, financières, institutionnelles, …) indispensable à la réussite du projet.

Ce n’est que si toutes ces conditions sont vérifiées, que l’I.U.T. Bordeaux I participera à la suite du projet.

 

Quelques réflexions sur le contenu de la Maestria

Problématique pédagogique

Il s’agit de former des spécialistes dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité du travail et de la protection de l’environnement à l’aide d’une problématique pluridisciplinaire.

Tous les aspects liés aux risques industriels visant à protéger l’opérateur, les populations, l’écosystème et les installations intègrent des connaissances très différentes : scientifiques et techniques mais aussi juridiques et sociales. Tous ces risques peuvent être abordés avec la même méthodologie. Il s’agit de modéliser, d’identifier, d’évaluer, de maîtriser et de gérer des risques qui sont issus de, et s’appliquent à, l’opérateur, les populations, l’écosystème et les installations industrielles.

Structuration de la formation

Quatre thèmes principaux ont été prédéfinis : sécurité de l’opérateur, des populations, de l’écosystème et des installations. Chaque thème aborde la modélisation, l’identification, l’évaluation, la maîtrise et la gestion des risques qui lui sont spécifiques. Chaque thème pourrait être développé sur quatre semaines environ, donc sur un total de seize semaines sur les dix-huit qui constituent le trimestre.

La première semaine de la formation aborderait les problèmes généraux de risques industriels tandis que la dernière serait consacré aux études de cas et aux contrôles théoriques et pratiques.

Contrôle des connaissances et évaluation

A la fin de chaque thème, un contrôle permet de vérifier les connaissances et compétences des étudiants. Les coefficients affectés à chaque thèmes seront proportionnels au volume horaire attribué au thème.

Le second semestre est consacré à un stage dont le contenu est déterminé en accord entre l’Ecole Polytechnique de Quito et le partenaire économique accueillant l’étudiant.

 

Calendrier

Les diverses étapes décrites précédemment représentent une importante quantité de travail qui introduit naturellement des délais incompressibles avant d’être en mesure d’ouvrir effectivement les filières.

Si tout se passe bien et si l’ensemble des partenaires impliqués dans le projet remplit sa part de travail dans les meilleurs délais, un calendrier possible pour une ouverture de la filière dans les plus brefs délais est le suivant :

Etape 1 : Une étude préparatoire très détaillée sera réalisée grâce à la présence à Quito d’un stagiaire du département Hygiène et Sécurité de l’IUT Bordeaux 1 (Avril et Mai 2001). Une visite d’un professeur bordelais au début du mois de Mai 2001 permettra de faire un point intermédiaire et d’orienter la fin du stage de l’étudiant de façon d’affiner le travail réalisé. La visite à Bordeaux du responsable de la Maestria permettra de rédiger l’ensemble des documents nécessaires,

Etape 2 : La présentation du projet détaillé sera faite au mois de Septembre 2001 à l’occasion de la visite de deux universitaires bordelais à Quito : le responsable bordelais du projet et au moins l’un des membres du Comité de Pilotage

Etape 3 : La préparation de formateurs sera faite au cours du dernier trimestre 2001 à travers des stages d’un mois à Bordeaux.

Etape 4 : La validation complète du projet pourra être faite au début de l’année civile 2002, permettant une ouverture de la filière au mois de mars 2002. Il est trop tôt pour dire si cette validation nécessitera la présence à Quito d’un universitaire bordelais.

 

Financement

La réalisation des activités qui viennent d’être décrites comportera quatre type d’activités dont le financement devra être assuré avant le début du projet ( stage d'étudiant, missions d'experts, accueil court, accueil long).

Un plan de financement à été réalisé par les partenaires et présenté aux partenaires financiers en particulier au Fundacyt.

L'accueil de 2 étudiants Equatoriens en thése (co-direction) a été envisagé pour l'année universitaire 2001.

Pour que le calendrier établi au paragraphe précédent puisse être tenu, il est indispensable que les financements soient obtenus avant le mois de Mars 2001.

 

Liste des participants aux réunions de travail

Marcello ALBUJA, Chef de la filière Génie Chimique, E.P.N.

Michel BAUDERON, Chargé de Mission à l’Action Internationale, IUT Bordeaux I

Christine DUPUICH, Attachée Culturelle, Ambassade de France

Pablo HERNANDEZ, Elève Ingénieur, E.P.N.

Irma JARA IÑIGUEZ, Coordinatrice de la Capacitation, Fundacyt

Michel LESBATS, Chef du Département Hygiène et Sécurité, IUT Bordeaux I

Ricardo MUÑOZ, Chef du département Sciences Nucléaires, E.P.N.

Freddy ORBE, Directeur du Laboratoire de Technologie Nucléaire, E.P.N.

Alcivar Trajana RAMIREZ HIDALGO, Directeur du Centre des Polymères, E.P.N.

Francisco SALGADO, Elève Ingénieur, E.P.N.