ENTREPRISE - IUT :

UNE VOIE POUR LA FORMATION EN ALTERNANCE

 

Centre CONDORCET

Pessac

4 mai 2000


Thèmes abordés et synthèse des débats

 

Organisé par: IUT BORDEAUX 1 , Génie Civil , Hygiène Sécurité Environnement, Centre de Formation des Apprentis de l'Industrie de Bruges,

Centre de Formation du Bâtiment et des Travaux Publics de la Gironde

Animateur : Bernard BONNIN , F3 Aquitaine

Grand-Témoin : Paul DUPOUEY , Consultant.

Invité : M. VANHOVE Secrétariat Franco-Allemand pour la Formation Professionnelle.

 

Ouverture du colloque

 


Table ronde I - Les enjeux de l’alternance dans l’enseignement supérieur


Table ronde II  - La professionnalisation et l’insertion professionnelle au niveau D.U.T. aujourd’hui


Table ronde III - Quels DUT pour demain?

 


 

Synthèse

 

par M. Paul DUPOUEY

Ancien membre du Haut Comité Education Economie et du Comité de coordination des programmes régionaux de la formation professionnelle et de l'apprentissage, Paul Dupouey a exercé des responsabilités de direction dans plusieurs réseaux de centres de formation d'apprentis et est désormais consultant dans une société française de conseil. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de gestion en milieu éducatif et de "Ethique et formation" (Avant-propos de M. Jacques Delors, INSEP Edition, 1998)

 

Une synthèse, surtout à chaud, ne saurait prétendre être un résumé fidèle et complet. C'est forcément un choix. On pardonnera les lacunes, d'autant plus regrettables que la première impression est celle d'une vraie journée de travail, entre gens de bonne volonté, sans artifices rhétoriques ni langue de bois comme c'est souvent le cas dans ce genre de manifestation. Bravo aux organisateurs et merci aux participants, notamment aux apprentis, de leurs questions et remarques directes et concrètes.

 

"Un colloque à point nommé"

D'emblée, reprenons cette observation faite en ouverture par M. Rousset, Président du Conseil Régional. Il ne cache pas que la Région Aquitaine, comme d'autres, constate le succès de l'apprentissage en général et dans l'enseignement supérieur en particulier, ce qui lui pose justement un problème : jusqu'où aller ? à quel prix ? avec quel financement ? Après avoir rappelé la situation ambiguë des Régions en cette matière (compétence de droit commun sur l'apprentissage mais par sur l'enseignement supérieur), il formule le vœux d'une solide évaluation. Il ne sera pas le seul.

 

 

Une vieille expérience de professionnalisation

Auparavant, ouvrant le colloque au nom du Président de l'Université de Bordeaux I, M. Lafon, Directeur de l'IUT, devait rappeler la très ancienne tradition de professionnalisation de l'Université française, évoquant en particulier les facultés de médecine et de droit. Il remercie la Région de son concours et de son soutien. Toutefois, l'Université, spécialisée dans la transmission de la connaissance, ne pourra s'en satisfaire et devra, de plus en plus, transmettre aussi les savoir-faire et les savoir-être. C'est là que l'apport de l'apprentissage est irremplaçable.

 

 

La multiplication des voies de formation et la nouvelle image de l'apprentissage

M. le Recteur Monteil plaide lui aussi pour la multiplication des voies au sein du système éducatif, mais assortie d'une évaluation rigoureuse prenant en compte tous les paramètres. Il met en garde contre des formations trop liées à une situation professionnelle ou locale ponctuelle et limitée. En revanche, l'apprentissage lui paraît une bonne voie, à condition qu'elle ne soit pas une voie de relégation au terme d'une orientation par l'échec. Il se réjouit de son succès actuel et de son changement d'image. Une partie de ce succès est lié au fait qu'il débouche sur des formations diplômantes (et pas seulement qualifiantes), ce que la formation continue devra, elle aussi, permettre de plus en plus.

 

 

Une marge de progression mais quelles priorités publiques ?

Au cours de la première table ronde, les participants s'accordent sur le fait qu'avec 3,4% des étudiants du supérieur en apprentissage, il y a encore une marge de progression. Mais Mme Rialland, représentant de la Région, insiste à nouveau sur le fait que l'apprentissage à ce niveau a un coût, et que pour le même coût on peut, à un niveau certes plus modeste, former davantage de jeunes en difficulté et pour lesquels l'apprentissage aura un effet d'insertion plus déterminant. Il y a là un problème de priorité pour l'action publique. Un participant fait alors remarquer que l'apprentissage dans le supérieur permet à des jeunes qui n'y seraient sans doute pas venus d'accéder à ce niveau d'enseignement …et d'y réussir dans une proportion impressionnante.

Les formations supérieures en apprentissage sont elles aussi rigoureuses qu'en temps plein ? S'engage un débat sur ce point un peu confus et même jugé contestable par certains participants. Des enseignants constatent que les deux catégories d'étudiants ne sont presque jamais mélangées, que les épreuves sont rarement exactement les mêmes et demandent à leur tour une évaluation rigoureuse. Attention : elle ne sera pas forcément favorable à qui l'on croit !

 

 

Un véritable investissement, une expérience monnayable,

Comme l'a dit un participant employeur "il n'existe plus d'entreprises négrières", il n'en reste pas moins que les apprentis et leurs centres de formation doivent être attentifs à l'adéquation des tâches en entreprise au regard du contenu de la formation. La métallurgie signale qu'elle procède actuellement à la mise de ses centres sous assurance qualité (ISO 9000) en partie à cette fin et avec le soutien de la Région.

Dans le supérieur, de plus, l'accueil d'un apprenti par une entreprise est toujours, pour cette dernière, un investissement en temps, en disponibilité, voire en dépenses directes. Les motivations des entreprises peuvent être nombreuses : pré recruter un jeune, participer à l'effort général de formation et d'insertion, disposer d'un apport temporaire de main d'œuvre en échange d'une formation. Certains employeurs se situent dans le long terme et souhaitent vivement garder l'apprenti, d'autres savent qu'ils ne pourront recruter et ne le cachent pas à ce dernier. Mais, dans tous les cas, ils s'investissent dans cette formation. Et il s'agira toujours d'une "expérience monnayable" s'ajoutant à la formation proprement dite pour reprendre les termes d'une maître d'apprentissage, responsable d'un service technique dans une municipalité du Sud Ouest, les collectivités territoriales étant depuis quelques années autorisées à accueillir des apprentis.

 

 

Philosophie de l'entreprise et valeurs mutuelles

Paradoxalement, ce qui intéresse les employeurs dans l'apprentissage, n'est pas tant la transmission des savoir-faire techniques. Ces derniers sont jugés très bien acquis à l'IUT. Et ils reconnaissent, en réponse à la question d'un jeune participant, que s'ils ont besoin de quelqu'un de directement opérationnel, ils recrutent un diplômé d'IUT généralement issu d'une formation temps plein. Ce que les employeurs cherchent dans l'apprentissage, c'est la possibilité de transmettre "la philosophie de l'entreprise", chacune ayant ses valeurs propres, ses méthodes propres de management. La coopération avec l'entreprise, sous forme d'alternance ou autrement, s'impose bien sûr pour les UT. Mais elle sera d'autant plus forte que chacun restera fidèle à ses valeurs. Cela doit être possible entre gens de bonne volonté.

 

 

Quels IUT pour demain ? Pas de dogmatisme mais trois lettres magiques !

Au regard des nouvelles harmonisations internationales (le fameux "3/5/8"), faut-il une troisième année aux IUT ? Une année de licence ou une simple année de spécialisation ? Quid de la poursuite d'études ? Il était inévitable que ces questions d'actualité soient abordées. Faut-il que les IUT développent systématiquement l'alternance ? "Pas de dogmatisme !" estime un participant, dirigeant d'un département d'IUT.

En revanche, dans un monde qui bouge, il est évident que les IUT doivent s'adapter. Attention toutefois à un alignement sur les "attentes des entreprises". D'une part, plusieurs employeurs reconnaissent eux-mêmes que les entreprises ont commis bien des erreurs en croyant pouvoir exprimer leurs "besoins de qualification" à long et même à court terme, qualitativement autant que quantitativement. D'autre part, les IUT relèvent de la formation initiale diplômante. Or, en aucun cas le, premier poste ne saurait être l'horizon de telles formations, surtout dans un contexte où la formation continue n'est pas encore devenue une composante forte de la vie professionnelle (dix-huit heures seulement par an au plan de formation, et encore dans les seules entreprises de plus de dix salariés !). L'horizon de la formation initiale est donc encore la conduite d'une carrière. S'est donc bien confirmé lors de la troisième table ronde une certaine défiance à l'égard d'un "adéquationnisme" (comme on dit désormais) trop étroit.

S'est également confirmé l'existence d'un important besoin économique de "formations intermédiaires" dont les IUT sont bien le symbole. Il n'y a donc pas à être inquiet sur leur avenir.

Dans cet effort d'adaptation (diversification, modularisation etc.), attention toutefois à ne pas perdre l'essentiel : l'image très favorable et hautement porteuse de ces trois lettres magiques, si appréciées des entreprises, à l'origine d'une vraie mutation de l'enseignement supérieur (certains ont parlé de "révolution"), et enviées par tant d'autres offres de formation : "I-U-T" !

 

 

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